Les exigences strictes en matière de véhicules zéro émission ne concordent pas avec la réalité des concessionnaires. Le gouvernement pourra-t-il s’adapter ?
A lors que l’été s’achève après une saison estivale fort remplie, nous avons une vision plus claire de ce qui constituera finalement les principaux enjeux du commerce automobile au Canada en 2025.
Il est assez évident aujourd’hui que la situation relative à l’adoption des véhicules électriques est devenue l’un des principaux sujets de discussion parmi les intervenants externes et les experts de l’industrie, et ce, pour de nombreuses raisons.
D’entrée de jeu, elle est étroitement liée à ce qui a peut-être retenu le plus l’attention : les échanges commerciaux entre les États-Unis et le Canada.
Dans un contexte où la compétitivité et l’intégrité de l’industrie automobile canadienne sont directement menacées, les membres de l’industrie ont ouvertement exprimé la nécessité pour notre gouvernement de cibler les politiques actuelles élaborées au Canada qui nuisent à la croissance et à la compétitivité de ce secteur.
« Les cibles fixées par le fédéral en matière de véhicules zéro émission, qui étaient autrefois présentées comme une orientation politique claire pour l’avenir, sont aujourd’hui remises en question par de nombreux observateurs et par de nombreux acteurs politiques fédéraux et provinciaux, qui les jugent décalées par rapport aux réalités des consommateurs. »
Dès le début de cette crise, de nombreux acteurs du secteur automobile ont identifié l’obligation de vendre des véhicules électriques comme une mesure politique susceptible d’avoir de graves répercussions économiques (à la fois pour les constructeurs et les consommateurs), tout en étant inadaptée à la réalité des marchés.
Cette approche exige, afin d’éviter au moins certains des effets négatifs, que le taux d’adoption des véhicules zéro émission au Canada corresponde étroitement aux objectifs visés.
A priori, cette politique visait à inciter l’industrie à accélérer le processus de transition en choisissant une technologie spécifique, et cela a fonctionné dans une certaine mesure.
Les investissements considérables réalisés par les concessionnaires automobiles dans les infrastructures et la formation, ainsi que la grande diversité des modèles proposés, illustrent parfaitement la façon dont l’industrie automobile a participé à cette accélération.
Cette politique n’a toutefois jamais garanti que le marché, c’est-à-dire les consommateurs réels disposés à acheter ou à louer ces produits, suivrait la même courbe.
À ce jour, l’année 2025 a confirmé l’écart important entre le rythme d’adoption souhaité par le gouvernement et le taux d’adoption réel sur le marché.
Avec une part de marché de 9,7 % des ventes au premier trimestre 2025, il semble que l’adoption des véhicules électriques par les consommateurs traversera, comme prévu, des hauts et des bas et ne connaîtra pas la croissance constante et exponentielle nécessaire pour que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux puissent justifier ces politiques.
En toute honnêteté, les chiffres du deuxième trimestre pourraient présenter une situation différente, et la dynamique des ventes continuera de varier d’une province à l’autre, mais les conversations chez les concessionnaires commencent à se ressembler : la curiosité est toujours présente, mais l’urgence s’estompe progressivement.
Les stocks se sont améliorés, mais la demande des consommateurs est moins forte, car les infrastructures de recharge sont encore insuffisantes dans de nombreux endroits et l’abordabilité demeure une préoccupation quotidienne partout au pays.
Au cours des derniers mois, un changement notable s’est également opéré dans le paysage médiatique. De nombreux médias crédibles, qui se sont longtemps intéressés à la dynamique et à l’engouement suscités par la transition vers les véhicules électriques, publient désormais des articles plus nuancés qui reflètent ce que les concessionnaires automobiles affirment depuis un certain temps : l’intérêt des consommateurs n’a pas disparu et se maintiendra dans le futur, mais les réalités du marché ont clairement évolué dans une direction différente, et à leur propre rythme, par rapport à ce que prévoyait la politique de mise en place obligatoire des véhicules électriques.
Ce changement de ton dans le discours du public et des médias a ainsi relancé le débat politique entourant les mandats. Les cibles fixées par le fédéral en matière de véhicules zéro émission, qui étaient autrefois présentées comme une orientation politique claire pour l’avenir, sont aujourd’hui remises en question par de nombreux observateurs et par de nombreux acteurs politiques fédéraux et provinciaux, qui les jugent décalées par rapport aux réalités des consommateurs.
Les concessionnaires automobiles sont au cœur de ce débat depuis des mois, non seulement parce qu’ils ont joué un rôle clé dans la réalisation de ces objectifs ambitieux communs, mais également parce qu’ils sont les principaux fournisseurs d’information sur l’état du marché et les sentiments sous-jacents des consommateurs.
Les changements récents à l’échelle provinciale soulignent également l’importance de la situation des véhicules zéro émission sur le plan régional. Les programmes de subventions à l’achat sont en cours de révision, de modification ou d’abolition.
Cela a notamment entraîné un impact négatif sur l’adoption des véhicules zéro émission et peut être considéré comme la preuve économique que les objectifs fixés ne sont pas réalisables sans l’intervention du gouvernement, ce qui témoigne du caractère agressif de la politique par rapport à l’état du marché.
Certains intervenants qui se concentrent exclusivement sur l’électrification affirment que l’industrie s’appuie trop fortement sur ces changements pour justifier le commentaire général sur l’impossibilité d’atteindre les objectifs.
Cependant, cette interprétation fait fausse route. Le changement auquel nous assistons ne signifie pas que l’industrie se détourne des véhicules électriques, mais plutôt que le marché révèle sa véritable nature, influencé par les prix, les produits, l’accessibilité et les infrastructures de recharge, lorsque les gouvernements se détachent de leur rôle, qui a toujours été temporaire, consistant à soutenir l’adoption de ces véhicules par les consommateurs.
C’est de là que provient la lassitude vis-à-vis des politiques, tant chez les consommateurs qu’au sein de l’industrie, et c’est pourquoi ce sujet est devenu si important en 2025.
C’est le cumul d’un environnement économique imprévisible, de calendriers fragmentés et divergents entre le mandat et le marché, et d’une volonté politique initiale qui n’est pas bien alignée sur les nécessités politiques de notre pays en cette période de défis internationaux.
Si Ottawa et les provinces souhaitent favoriser l’adoption durable d’une technologie en pleine évolution, il leur faudra être davantage à l’écoute de ce qui se passe sur le terrain et redéfinir les ambitions politiques qui ont donné lieu à ces mandats en tenant compte du contexte actuel du pays et de ses citoyens.
Ce sujet fait la une de l’actualité automobile en 2025 pour une bonne raison : c’est qu’il est important. Une gestion adéquate, en restant à l’écoute du marché, pourrait grandement aider l’industrie à surmonter certains des défis commerciaux majeurs auxquels elle fait face.








